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22 mars 2016

Lundi 4 avril, ciné-débat au cinéma Le Sénéchal à Guéret

Prix Sakharov 2014, le docteur Mukwege est internationalement connu comme l’homme qui « répare » des milliers de femmes violées durant 20 ans de conflits à l’Est de la République Démocratique du Congo, un pays parmi les plus pauvres de la planète, mais au sous-sol extrêmement riche. Il mène une lutte incessante pour mettre fin à ces atrocités et dénoncer l’impunité dont jouissent les coupables. Menacé de mort, ce médecin au destin exceptionnel vit dorénavant cloîtré dans son hôpital de Bukavu, sous la protection des Casques bleus de la Mission des Nations unies au Congo. Mais il n’est plus seul à lutter. A ses côtés se trouvent des femmes auxquelles il a restitué intégrité physique et dignité, et qui sont devenues grâce à lui de véritables activistes de la paix, assoiffées de justice.

affiche ciné débat

DISCOURS DU DOCTEUR DENIS MUKWEGE AU PARLEMENT EUROPEEN À STRASBOURG LE 26 NOVEMBRE 2014 À L’OCCASION DE LA REMISE DU PRIX SAKHAROV

Monsieur le Président du Parlement Européen, Mesdames et Messieurs les Représentants des peuples de l’Union Européenne,

C’est avec beaucoup d’humilité et un grand espoir que je reçois aujourd’hui le prestigieux Prix Sakharov pour la liberté de l’esprit. Je tiens avant tout à remercier les élus des peuples européens pour mettre en lumière les tragédies humaines que vivent les femmes victimes de viols et de violences sexuelles à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Dans un monde d’inversion des valeurs où la violence se banalise en prenant des formes toujours plus abominables, refuser la violence, c’est être dissident. Par ce prix, vous avez décidé d’accroître la visibilité du combat mené par les femmes congolaises depuis plus de 15 ans et de reconnaître leur souffrance mais aussi leur dignité et le courage qu’elles incarnent.

Monsieur le Président, La région où je vis est l’une des plus riches de la planète ; pourtant l’écrasante majorité de ses habitants vivent dans une extrême pauvreté liée à l’insécurité et à la mauvaise gouvernance. Le corps des femmes est devenu un véritable champ de bataille, et le viol est utilisé comme une arme de guerre.

La cellule familiale est désagrégée, le tissu social détruit, les populations réduites en esclavage ou acculées à l’exil dans une économie largement militarisée, où la loi des seigneurs de guerre continue à s’imposer en l’absence d’un état de droit. Nous sommes donc face à une stratégie de guerre redoutablement efficace. Comme tout être humain, je voudrais tant ne plus évoquer ces crimes odieux dont mes semblables sont victimes.

Mais comment me taire quand, depuis plus de quinze ans, nous voyons ce que même un œil de chirurgien ne peut pas s’habituer à voir ? Comment me taire quand nous savons que ces crimes contre l’humanité sont planifiés avec un mobile bassement économique ? Chaque femme violée, je l’identifie à ma femme ; chaque mère violée à ma mère et chaque enfant violé à mes enfants. Comment pouvons-nous nous taire ?

Dans mon pays, il y a des centaines de milliers de femmes violées et d’autres milliers d’enfants nés du viol, en plus des millions d’êtres humains morts suite aux conflits. Dans le reste du monde, chacun se soulèverait d’indignation ; dans la société congolaise en perte de repères, les atrocités de masse passent dans l’actualité comme de simples faits divers, signes désolants d’une société traumatisée par trop de violence, d’une absence de responsabilité politique et d’une négation de notre humanité commune.

Il est temps de s’occuper des causes. Des milliers de témoignages de victimes montrent que le peuple congolais a soif de justice, de paix et aspire au changement. Il y a urgence à agir. Les solutions existent et exigent une réelle volonté politique. Il n’y aura pas de paix ni de développement économique et social sans respect des droits de l’Homme. Chers compatriotes, Notre nation, la République Démocratique du Congo, nous appartient. C’est à nous, le peuple congolais, de façonner nos lois, notre justice et notre gouvernement, pour servir nos intérêts à tous, et pas seulement ceux de certains. Le Prix Sakharov que nous recevons du Parlement Européen est le vôtre, et il est le symbole de la liberté de pensée. Un droit qui nous a été retiré. Un droit auquel, suite à la terreur et l’oppression, nous semblons parfois avoir renoncé. Notre pays est malade mais, ensemble, avec nos amis de par le monde, nous pouvons et nous allons le soigner.

 

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